THE MCPHERSON TAPE : le grand mensonge de l’Amérique
Synopsis :
Un soir d’automne 1983, une famille se retrouve pour célébrer l’anniversaire de leur petite nièce. Armé de son nouveau caméscope, l’oncle immortalise chaque instant. Rires, bougies, souvenirs… jusqu’à ce que la maison plonge dans le noir et qu’une étrange lumière vienne fissurer le ciel.
Les trois hommes sortent pour comprendre. La caméra continue de tourner mais personne ne pouvait imaginer ce qu’elle allait révéler…
Mensonge et found footage
Dès l’écran d’ouverture, le film pose un paradoxe : on nous assure que ces images sont authentiques. Mais par définition, elles sont fausses, puisqu’il s’agit d’un film de fiction. C’est tout le principe du found footage, un dispositif inauguré par The McPherson Tape en tant que tout premier film horrifique de ce type. Les images simulent des archives retrouvées. La caméra tremble, le cadrage est approximatif, l’éclairage minimal. On a l’impression de regarder à travers les yeux d’un témoin lambda. Et c’est exactement ce qui rend la peur plus intense. On croit pouvoir filmer l’horreur, mais elle se cache toujours dans ce que la caméra ne capte pas. Et ainsi plus on filme, plus nos limites face à l’inconnu se révèlent. Ce dispositif sera rendu populaire quelques années plus tard avec la sortie de Projet Blair Witch.
Aliens et humains : deux perceptions
L’histoire suit d’abord le point de vue des hommes. Face à la lumière mystérieuse et à la présence d’extraterrestres, ils prennent des décisions irrationnelles : ils tirent, kidnappent un alien, se séparent et reviennent… Pourtant, jamais ces extraterrestres ne montrent de menace réelle. Au contraire, ils apparaissent simplement et sont accueillis avec une violence disproportionnée par les humains. L’horreur naît de la peur collective et des réactions impulsives, et non des créatures elles-mêmes. Le film questionne constamment notre rapport à l’inconnu et la manière dont la peur peut déformer notre perception de la réalité.
Une critique du modèle familial américain
La famille McPherson est un véritable microcosme des dynamiques familiales et des biais de genre. Les hommes sont moteurs du récit : ce sont eux qui prennent les décisions et agissent, bien que ces choix amplifient le sentiment de chaos. Pourtant, vers la moitié du film, le point de vue change pour suivre les personnages féminins. Elles restent souvent dans l’attente, observant les conséquences des décisions masculines. La grand-mère le dit avec humour : « Nous, les femmes, on doit tout le temps attendre et s’inquiéter quand les hommes ne reviennent pas. »
Un autre exemple illustre ce déséquilibre : l’une des femmes semble être « contrôlée » par les aliens et est qualifiée d’hystérique par le porteur de la caméra (un homme) alors que les personnages masculins sont présentés comme des héros allant à la guerre. Le film montre ainsi comment certaines attitudes sont jugées différemment selon le genre, révélant des préjugés sociaux profondément ancrés dans cette famille typique américaine de la classe moyenne.
L’Amérique et le rapport à l’inconnu
Le film se déroule en 1983, mais il résonne avec l’Amérique conservatrice des années Reagan et Bush. La maison, espace central du récit, devient un symbole du pays. Ses murs représentent les frontières, et la défense excessive enferme peu à peu la famille sur elle-même. La maison s’assombrit progressivement et les espaces de circulation se restreignent, passant de l’extérieur et de la forêt à la petite cuisine. Plus ces espaces se resserrent, plus la peur grandit, comme dans un cercle vicieux où chaque tentative de sécurité intensifie la peur.
Le reste de l’Amérique vit dans le déni. Dès qu’un événement tragique survient, les personnages cherchent à se distraire avec du gâteau ou des jeux de cartes. Lorsque l’un d’eux allume la radio pour s’informer, tout le monde lui ordonne de l’éteindre. Dans ce contexte, l’information dérange autant que les extraterrestres. La petite nièce, seule à observer et dessiner les aliens, devient le symbole de la lucidité face à la panique des adultes.
La censure et complotisme
L’écran d’ouverture précise que les images originales ont été effacées par les États-Unis dans le cadre d’une enquête sur les extraterrestres. Ironiquement, les vraies pellicules du film ont été détruites dans un incendie, et c’est grâce à une copie pirate que nous pouvons encore le visionner. Tous les personnages demandent à l’oncle d’éteindre sa caméra, pourtant le seul témoin objectif de ce qui se passe. Cette suppression illustre le contrôle du récit et la volonté d’imposer une version unique de la réalité.
Par ailleurs, le choix des extraterrestres comme antagonistes n’est pas anodin. Les OVNIS et autres phénomènes extraterrestres font partie des sujets complotistes les plus populaires, avec des mythes célèbres comme la Zone 51, supposée cacher des secrets au public. Dans ce contexte de censure et de manipulation, l’Amérique a tout intérêt à préserver ces mythes : en maintenant les habitants dans la peur et l’ignorance, elle peut éviter de confronter la vérité et légitimer des récits officiels. Le film met ainsi en lumière le pouvoir des mythes et de l’information pour façonner la perception collective.
Conclusion
The McPherson Tape dépasse le simple film d’horreur. Il explore la peur, le mensonge, les dynamiques familiales, le patriarcat et le contrôle de l’information. À travers le found footage, il place le spectateur au cœur de l’action et le force à naviguer entre perception, peur et réalité. Plus qu’une œuvre horrifique, le film est une critique sociale et politique de l’Amérique conservatrice, un miroir qui montre ce que la société choisit de voir, et ce qu’elle refuse de regarder.
Aujourd’hui, à l’ère de l’Amérique de Trump, des fake news et de la manipulation de l’information, regarder ce film prend une résonance particulière. Il nous rappelle que le contrôle de la vérité et la peur de l’inconnu restent des armes puissantes, et que la lucidité face à la panique collective est plus nécessaire que jamais.