“A house of dynamite” La bureaucratie ne sauvera pas le monde

octobre 29, 2025

Étonnement, “A House of Dynamite” semble bien parti pour être un flop. Le public trouve le film vain, sans réelle fin, certains le trouvent même convenu. Quant à moi, je me suis retrouvé devant un objet qui m’a mis dans une position inconfortable, et qui me l’a fait ressentir pendant près de 2 h. J’aimerais donc prendre le temps ici de vous dire pourquoi “A House of Dynamite” est une vraie bombe atomique.


Docufiction ou fiction ?

Un missile nucléaire arrive droit vers Chicago (ville de 10 millions d’habitants), rien ne semble pouvoir l’arrêter. Pas de panique, tout le monde est surentraîné pour réagir à ce genre de situation. Le film démarre du bas de la hiérarchie (ici les militaires) pour grimper jusqu’au président des États-Unis, à qui revient le pouvoir de contre-attaquer ou non.

Si Dr Folamour (film de 1964) se permettait de nous faire rire, ici l’heure n’est pas à la rigolade. Parce que l’histoire se situe au présent. Les enjeux géopolitiques sont actuels, les procédures sont ultra précises et très documentées (dans la droite lignée d’Oliver Stone et d’un “JFK” par exemple).

Le film est une fiction, mais ce qui s’y passe est un scénario tout à fait possible si un missile s’approchait des États-Unis, malaise.

Comme expliqué dans le film, toutes ces procédures ne sont pas faites pour contrecarrer les plans des ennemis du pays, elles sont dissuasives. Seulement, en 2025, neuf pays ont l’arme nucléaire et seulement trois appartiennent à l’OTAN. Autant dire que la probabilité que tout pète un jour s’accentue.


Tous des pièces interchangeables

Les figures d’autorité qui apparaissent dans le film nous marquent par leur incompétence. On demande toujours confirmation, des renseignements. La fourmilière s’agite partout, cherche toutes les solutions possibles avant de se rendre compte que les dés étaient jetés depuis le début.

Idris Elba est un choix intéressant pour jouer le président. Un acteur phare d’Hollywood, charismatique, qui, ici, est forcé de faire un choix contre son âme et conscience. Habitué d’être filmé comme un homme qui fait changer l’histoire, ici c’est une figure interchangeable, qui prononce un discours banal à une équipe de basket. Il est plus un communicant qu’un exécutif. On lui demande de faire un choix sans connaître ses ennemis, et sans connaître les répercussions exactes de ses actes. De la folie.


Mise en scène classique ? Moi je ne pense pas.

Le procédé d’écriture et de mise en scène nous pousse à revivre les mêmes 20 minutes sous différents aspects. Un peu à la Rashomon, me souffle le garçon boutonneux à lunettes au fond de la salle. Sauf qu’ici on ne change pas de point de vue pour s’apercevoir que la réalité change en fonction de ce dernier, mais plutôt qu’elle est inéluctable.

Suivant tous ces personnages en même temps avec la visioconférence, nous sommes amenés à revoir les mêmes passages qui auront une signification différente pour nous à chaque fois. Ainsi, quand le personnage de Jared Harris dira « J’ai une fille qui vit à Chicago », cette phrase prendra de l’ampleur au fur et à mesure du film et qu’on apprendra à connaître ce personnage.

Le point faible de cette mise en scène serait d’ailleurs le manque d’investissement émotionnel du spectateur, qui va être amené à rencontrer de nouveaux personnages très importants 30 minutes avant la fin du film. Point faible compensé par les enjeux dramatiques. Cette journée devait être comme toutes les autres : un personnage a prévu de faire sa demande en mariage ce jour-là, d’autres ont seulement des enfants qu’ils veulent mettre à l’abri, certains s’excusent pour une embrouille de rien du tout : « Désolé pour les chips », dira Anthony Ramos à son collègue quand tout semble perdu. “Have a nice day” est marqué sur le bus pour aller au travail. La vie n’avait pas prévu de s’arrêter pour la mort aujourd’hui, l’homme l’y a forcée.

Le travail méticuleux de recherche qui s’ajoute à cette caméra volatile (qui n’est pas sans rappeler ses précédents films, notamment “Démineurs”) rend cette tension palpable. Nous sommes dans la pièce, en mouvement constant, on fait partie de cette fourmilière. La caméra cherche à reproduire les réflexes de l’œil humain, donc elle est attirée par le mouvement, elle zoome et dézoome au besoin. Il faut comprendre que ce choix n’est pas la facilité tant il est difficile à storyboarder et qu’il demande une vigilance accrue au cadreur pendant le tournage.


Conclusion :

Si “A House of Dynamite” n’est pas aussi spectaculaire que certains l’auraient espéré, il l’est dans ses choix radicaux.

Parce que prendre le parti pris de nous faire ressentir ce sentiment de vulnérabilité, de nous en faire prendre conscience sans rajouter d’explosions ou d’acrobaties scénaristiques douteuses, c’est aujourd’hui une anomalie dans le cinéma de grand divertissement.

Comme “Starship Troopers” ou “Funny Games”, les gens ratent l’important. Ils préfèrent la critique frontale et grotesque d’un “Don’t Look Up”, où l’on vous mâche le travail. Mais la réflexion et l’autocritique sont les seules armes contre notre goût pour l’autodestruction.

 

Lucas Baltar
Author: Lucas Baltar

Grand fan de cinéma (oh what the Fuck !). Ma DA ? Être en constant désaccord avec Eliott Jacquot. Kathryn Bigelow est ma Queen et Kurozawa mon goat. Le monde actuel manque de film de samouraï a mon goût.

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