SIRAT d’Oliver Laxe : beauté contemplative et introspection
Introspection et portrait de famille
Sirat, d’Oliver Laxe, explore avec une lenteur hypnotique les méandres de l’introspection et de la confrontation aux autres. Le film adopte le point de vue de Luis, père de famille, accompagné de son fils Estéban, à la recherche de sa fille aînée. Pour cela, il va traverser différentes raves dans le désert marocain, jusqu’à faire la connaissance d’un groupe de ravers, prêt à les amener à un autre festival. Un premier contraste est posé entre Luis, marqué par ses jugements rapides et sa réserve émotionnelle, et Esteban, son fils, profondément généreux et ouvert aux autres. Ce portrait parcimonieux est l’une des forces du film : le spectateur doit s’impliquer pour deviner le passé, reconstruire les relations et saisir les non-dits. Ce flou narratif, loin d’être un manque, devient un espace de liberté pour l’imagination, rappelant des œuvres comme Juré n°2, où le récit se construit autant dans ce que l’on voit que dans ce que l’on devine.
La danse comme mythologie
Lorsque Luis rejoint un groupe de ravers, le film révèle toute sa puissance sensorielle. La danse et la musique ne sont pas simplement des éléments de décor : elles deviennent des vecteurs d’énergie, des symboles d’un lien universel, presque mythologique. Un plan marquant montre des lasers dessiner les formes d’ondes musicales sur le flanc d’une falaise, comme pour matérialiser l’histoire de la Terre à travers le son. Peu à peu, Luis s’ouvre au groupe, découvre la solidarité, et gagne en humanité, et lui aussi, finit par danser. La caméra s’attache à montrer ces mouvements avec une fluidité hypnotique, transformant la fête en un rituel presque sacré.
Fragilité et vanité de l’existence
Au-delà de l’introspection, Sirat interroge la fragilité de la vie et la vanité de notre liberté. Ce groupe qui se croit libre, détaché de la société, va constamment être moteur de la mise en scène : ils contrôlent le son par la musique, la lumière par les phrases des voitures, mais également leurs déplacements par la danse. Mais ils devront faire face à des contraintes qui vont restreindre leurs libertés. Des contraintes physiques (le désert, les montagnes) mais aussi à des contraintes politiques (la Troisième Guerre mondiale) qui prendra toute sa place dans le dernier quart du film. Chaque imprévu, chaque revers souligne la vulnérabilité humaine et la précarité de l’existence. La liberté n’est jamais absolue, elle est toujours encadrée par l’environnement et le hasard, et où la mort peut survenir à chaque instant.
Une émotion difficile à saisir
Pour autant, malgré ses qualités analytiques et visuelles, le film peine à susciter l’émotion. Les scènes de danger, rares et abruptes, surprennent plus qu’elles ne touchent. Là où Henri-Georges Clouzot dans Le Salaire de la Peur construisait une tension continue à partir de la menace, Laxe choisit de surprendre le spectateur, un parti pris qui, s’il est légitime sur le plan artistique, limite l’intensité dramatique ressentie. Résultat : le spectateur, bien que fasciné par la mise en scène et la beauté plastique du film, peut rester étrangement détaché.
En résumé, Sirat est une expérience contemplative, riche en symboles et en poésie visuelle, mais dont la force émotionnelle reste étonnamment distante. Une œuvre à apprécier plus pour ses détails et son inventivité que pour l’impact qu’elle laisse sur le cœur du spectateur.
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